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Trinh Xuan Thuan - Un Astrophysicien.
- Beauchesne-Fayard: Paris (1992)
- Poche : Collection Champs, Flammarion, 1995
- Vietnamese edition, Tia Sáng & Nhà xuat ban
Tre (2001)
4ème de couverture :
Trinh Xuan Thuan a donné, dans La Mélodie secrète
(Fayard), un magistral compte rendu de ce que peut dire l'astrophysique
aujourd'hui. Son exigence de ne pas éluder les grandes interrogations
de l'homme rend nécessaire, au-delà du merveilleux
conteur, la découverte de l'homme de science et du bouddhiste.
Cette nécessité est d'autant plus grande que des géants
de la physique contemporaine, tel Schrödinger, ont plaidé
pour une unité de pensée entre la science et les croyances
d'Extrême-Orient. Comment Thuan concilie-t-il sa science et
sa croyance ? Mais aussi comment l'astrophysicien voit-il l'évolution
de son domaine ? Quels furent les conjectures, les essais, les succès
et les échecs des différents modèles qui furent
proposés ces dernières années ?
Extraits
Jacques Vauthier : Thuan, nous allons parler de votre
domaine, l'astrophysique, mais aussi en particulier des chemins
qui vous y ont amené. Vous êtes né au Viet-Nam
en 1948, et vous l'avez quitté en 1966 pour aller poursuivre
des études brillantes dans deux des plus grandes universités
scientifiques américaines. Est-ce que les bouleversements
que traversait votre pays à ce moment-là ont eu une
influence directe sur votre vie ?
Trinh Xuan Thuan : Oui, bien sûr. Je suis né
à Hanoï, capitale administrative du Tonkin. Souvenez-vous,
sous la colonisation française, le Viet-Nam était
divisé en trois provinces, le Tonkin au nord, l'Annam au
centre et la Cochinchine au sud. Pendant ma petite enfance, la guerre
anti-colonialiste de Ho Chi Minh contre les Français battait
son plein. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de cette période
parce que j'étais trop petit, mais j'ai clairement en mémoire
l'année 1954 où mes parents ont dû quitter le
nord et se sont installés au sud en abandonnant tout pour
échapper au régime communiste. En effet, après
la défaite de Dien Bien Phu qui mit fin à la colonisation
française, le traité de Genève divisa le Viet-Nam
en deux en établissant une frontière au niveau du
17` parallèle. Le régime communiste d'Ho Chi Minh
fut établi au nord, le régime pro-américain
de Ngo Dinh Diem au sud. Ce traité prévoyait des élections
générales afin d'élire un seul gouvernement
dans tout le pays. Les Etats-Unis s'y opposèrent car si Ho
Chi Minh l'emportait le Viet-Nam tout entier deviendrait communiste.
Ce fut la cause de la guerre terrible qui suivit.
JV : Ce sont donc ces événements qui
vous ont amené à Saigon où vous avez fait vos
études secondaires.
TXT : Oui, et mon père, qui était haut
fonctionnaire, est reparti de zéro. Il s'est d'abord installé
à Dalat, petite ville balnéaire où je suis
entré au lycée Yersin. Puis il a été
muté à Saigon où j'ai continué mes études
secondaires au lycée Jean-Jacques-Rousseau, l'ancien lycée
Chasseloup-Laubat.
JV : J'ai cru comprendre que vous étiez un
excellent élève.
TXT : J'ai passé mon bac en 1966 avec la mention
« très bien », C'est vrai, j'étais bon
élève. Je réussissais aussi bien en littérature
et en philosophie qu'en mathématiques ou en physique. Mes
professeurs m'ont d'ailleurs fait passer en même temps le
Concours général des lycées français
en maths et en littérature. Je n'avais a priori aucune préférence,
mais j'avais quand même déjà une certaine attirance
vers les sciences. Mon esprit se posait des questions. J'aimais
bien essayer de comprendre le comment et le pourquoi des choses.
JV : Est-ce votre père qui a suscité
votre vocation de scientifique ?
TXT : Pas du tout. Mon père était magistrat
et n'avait pas d'affinité spéciale pour la science,
mais il m'aidait beaucoup dans mes études. Il m'encourageait
dans toutes mes curiosités intellectuelles. Nous avions tous
les deux de longues conversations sur des sujets très variés.
Et puis, la bibliothèque de la maison était très
riche, essentiellement remplie d'uvres littéraires,
surtout des uvres d'auteurs français. J'allais aussi
très souvent au Centre culturel français emprunter
des livres. Je me souviens de mes lectures d'enfance, tous vos grands
classiques : Victor Hugo, Hector Malo, Alexandre Dumas, Jules Verne,
Guy de Maupassant... J'aimais également les auteurs anglais
traduits en français : Conan Doyle et son Sherlock Holmes.
Le goût des sciences m'a plutôt été donné
au lycée par mes professeurs et par mes lectures.
JV : Comment viviez-vous dans ce contexte de guerre
?
TXT : J'ai quitté le Viet-Nam en 1966. La
guerre n'avait pas encore atteint son paroxysme. Les Américains
avaient pourtant déjà sur place un contingent d'environ
500 000 soldats, mais Saigon était finalement assez protégé.
La vie se déroulait normalement : l'école, les sorties
avec les copains, le marché avec ma mère... On sentait
malgré tout une atmosphère de guerre. Il y avait des
barbelés partout, surtout autour des bâtiments américains,
leur ambassade, leur centre culturel...et de temps en temps on entendait
des explosions provoquées par des attentats terroristes.
Par intermittence, au loin, il y avait des bombardements terribles
de B52. Des chapelets de bombes tombaient du ciel, on voyait un
grand rougeoiement à l'horizon et la terre tremblait. Mais
je ne pourrais pas dire que j'ai été directement touché
par la guerre. J'étais l'aîné de la famille,
le seul garçon ; je n'avais donc pas de frère sur
le front, et, moi-même, j'avais un sursis pour me permettre
de poursuivre mes études.
J'ai pourtant été très impressionné
par deux coups d'État que j'ai vécus en direct car
notre maison était à proximité du palais présidentiel.
Des soldats rebelles soutenus par la CIA ont essayé de renverser
le régime Ngo Dinh Diern qui ne convenait plus aux Américains.
Le premier a échoué, mais le second a réussi
et Ngo Dinh Diem a été tué.
Je me souviendrai toujours de cette nuit de novembre 1963 où,
tapis dans une tranchée creusée en hâte dans
notre jardin, nous entendions le bruit des canons, des tanks et
des mitraillettes. Les balles sifflaient à ras du sol, au-dessus
de notre tête, toute la nuit, et c'est vraiment par miracle
que notre maison a été épargnée cette
fois-là.
Ce conflit est arrivé à son paroxysme deux ans après
mon départ, en 1968. Il y a eu la fameuse attaque du Têt.
Les Viet Congs se sont même emparés pendant quelques
jours de l'ambassade américaine, ce qui a d'ailleurs mis
le point final à l'engagement du peuple américain
dans cette guerre. Ce fut pour eux un choc psychologique terrible.
Les politiciens clamaient qu'ils étaient en train de gagner,
qu'ils étaient enfin au bout du tunnel, et voilà que
le drapeau Viet Cong flottait sur leur ambassade à Saïgon
! C'était un coup formidable d'Ho Chi Minh 1 Un obus de mortier
est tombé sur notre maison, causant beaucoup de dégâts.
Par miracle, personne ne fut blessé.
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