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L'infini dans la paume de la
main: du big bang à l'éveil (avec Matthieu
Ricard).
Prix Littéraire de lAsie 2000 de lAssociation
des Ecrivains de langue française
- Nil/Fayard (2000)
- Edition Club France-Loisirs (2001)
- Poche : Press Pocket (2002)
- American edition , The Quantum and the Lotus, Crown (December
4 2001)
- Portugese edition, O Infinito na palma da mao, Editorial Noticias
( November 2001)
- Korean edition, Samtoh Publishing Company (2001)
- Spanish edition, Editciones Urano (2001)
- Finnish edition, Basam Books Oy (2001)
- Dutch edition, Asoka Publishing (2001)
- German edition, Quantum und Lotus, Arkana, Goldmann Verlag (2001)
- Greek edition , Esoptron Publications (2002)
- Taiwan edition, Eurasian Publishing Group, Taiwan (2002)
- Japanese edition, Shin Hyoron, Japan (2003)
- Polish edition, Kos Publishing House, Poland (2004)
- Bulgarian edition, Iztok Zapad/ Lik Izdania (2004)
- Brazilian edition, A Girafa Editora LTDA, Brazil (2005)
- Vietnamese edition, Editions Tuoi Tre, Vietnam (2005)
4ème de couverture :
La science et la spiritualité éclairent chacune à
leur façon la vie des hommes : pourquoi ne seraient-elles
pas complémentaires ? Mais, nous dit-on, la connaissance
scientifique et la connaissance spirituelle seraient trop étrangères
l'une à l'autre pour que leur confrontation puisse être
autre chose qu'un dialogue de sourds...
C'est précisément à faire mentir cet antagonisme
que s'attachent ici Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan. Le champ
des interrogations est vaste : Quelle est la nature du monde? de
la matière ? du temps ? de la conscience ? Comment mener
notre existence ? Comment marier science et éthique ?
Au fil de ce dialogue passionné, animé par un sincère
désir de compréhension réciproque, se produit
alors l'inattendu: les oppositions s'estompent, les convergences
se font jour, et l'on se prend à rêver d'un avenir
où foi et raison seraient, enfin, durablement réconciliées.
Extraits
Conclusion du scientifique
Au terme de ces entretiens, je dois dire mon admiration accrue pour
la manière dont la pensée bouddhique analyse le monde
des phénomènes. J'avoue que j'étais pourtant
plein d'appréhension au début de notre entreprise.
Je connaissais et appréciais surtout l'aspect pratique du
bouddhisme qui aide à acquérir la connaissance de
soi, à progresser spirituellement, à devenir un être
humain meilleur. En d'autres termes, pour moi le bouddhisme était
avant tout une voie vers l'Éveil, une voie contemplative
au regard principalement tourné vers l'intérieur.
Je savais que la science et le bouddhisme utilisent des méthodes
d'investigation du réel totalement différentes. En
science, ce sont l'intellect et la raison qui tiennent le rôle
principal. Divisant, catégorisant, analysant, comparant et
mesurant, le scientifique exprime les lois de la nature dans le
langage hautement élaboré des mathématiques.
L'intuition n'est pas absente en science, mais elle n'est utile
que si elle peut être formulée dans une structure mathématique
cohérente. Par contre, l'intuition l'expérience
intérieure joue le premier rôle dans la démarche
contemplative. Elle n'essaie pas de fragmenter la réalité,
mais tente de l'appréhender dans sa totalité. Le bouddhisme
ne fait pas appel aux instruments de mesure et aux observations
sophistiquées qui fournissent la base expérimentale
de la science. Ses énoncés sont de nature plus qualitative
que quantitative.
Je n'étais donc pas du tou: sûr qu'une démarche
consistant à confronter la science et le bouddhisme puisse
avoir un sens. Je redoutais que le bouddhisme n'ait que peu à
dire sur la nature du monde phénoménal, car ce n'est
pas sa préoccupation principale, alors que c'est fondamentalement
celle de la science. Si cela avait été le cas, nous
aurions couru le risque de tenir deux discours parallèles,
sans jamais nous rencontrer sur un terrain commun.
À mesure que nos conversations se sont poursuivies. je me
suis rendu compte que mes craintes n'étaient pas fondées
: non seulement le bouddhisme a réfléchi sur la nature
du monde, mais il l'a fait de façon profonde et originale.
Il l'a fait non pas pour la connaissance du monde phénoménal
en soi, ce qui est le propos de la démarche scientifique,
mais parce qu'en comprenant la vraie nature du monde physique
la vacuité, l'interdépendance il peut dissiper
les brumes de l'ignorance et ouvrir le chemin vers l'Éveil.
Notre discussion a été mutuellement enrichissante.
Elle a suscité de nouvelles interrogations, des points de
vue inédits, des synthèses inattendues qui demandaient
et demandent encore approfondissement et clarification.
Ces entretiens s'inscrivent dans la lignée des dialogues
précédents entre la science et le bouddhisme.
L'enseignement principal que j'en ai retiré est qu'il existe
une convergence et une résonance certaines entre les deux
visions, bouddhiste et scientifique, du réel. Certains énoncés
du bouddhisme à propos du monde des phénomènes
évoquent de manière étonnante telles ou telles
idées sous-jacentes de la physique moderne, en particulier
des deux grandes théories qui en constituent les piliers
: la mécanique quantique physique de l'infiniment petit
, et la relativité physique de l'infiniment
grand. Bien que radicalement différentes, les manières
respectives d'envisager le réel dans le bouddhisme et dans
la science n'ont pas débouché sur une opposition irréductible,
mais, au contraire, sur une harmonieuse complémentarité.
Et cela, parce qu'ils représentent l'un comme l'autre une
quête de la vérité, dont les critères
sont l'authenticité, la rigueur et la logique.
Examinons, par exemple, le concept d'« interdépendance
des phénomènes », idée fondamentale du
bouddhisme. Rien n'existe en soi ni n'est sa propre cause. Une chose
ne peut être définie que par rapport à d'autres.
L'interdépendance est nécessaire à la manifestation
des phénomènes. Sans elle, le monde ne pourrait pas
fonctionner. Un phénomène quel qu'il soit ne peut
donc survenir que s'il est relié et connecté aux autres.
La réalité ne peut pas être localisée
et fragmentée, mais doit être considérée
comme holistique et globale.
Cette globalité du réel, plusieurs expériences
en physique nous l'imposent. Dans le monde atomique et subatomique,
les expériences de type EPR nous disent que la réalité
est « non séparable », que deux grains de lumière
qui ont interagi continuent à faire partie d'une seule et
même réalité. Quelle que soit la distance qui
les sépare, leurs comportements sont instantanément
corrélés, sans aucune transmission d'information.
Quant au monde macroscopique, sa globalité nous est démontrée
par le pendule de Foucault dont le comportement s'accorde non pas
à son environnement local, mais à l'univers tout entier.
Ce qui se trame sur notre minuscule Terre se décide dans
l'immensité cosmique.
Le concept d'interdépendance dit que les choses ne peuvent
se définir de manière absolue, mais seulement relativement
à d'autres. C'est, en substance, la même idée
qui définit le principe de la relativité du mouvement
en physique, énoncé pour la première fois par
Galilée, puis repris et développé au plus haut
point par Einstein. « Le mouvement est comme rien »,
disait Galilée. Il voulait dire par là que le mouvement
d'un objet ne peut être défini de façon absolue,
mais seulement par rapport au mouvement d'un autre objet. Aucune
expérience ou mesure faite par un passager dans un wagon
de chemin de fer qui se déplace à une vitesse constante
et dont toutes les fenêtres sont fermées ne lui permettra
de dire si le wagon est immobile ou en mouvement. C'est seulement
en ouvrant une fenêtre et en regardant le paysage défiler
que le passager s'en rendra compte. Tant qu'aucune référence
n'est faite à l'extérieur, le mouvement est équivalent
au non-mouvement. Les choses n'ont pas d'existence en elles-mêmes,
mais seulement par rapport à d'autres événements,
dit le bouddhisme. Le mouvement n'a de réalité que
par rapport au paysage qui passe, dit le principe de la relativité.
Le temps et l'espace ont aussi perdu le caractère absolu
que leur avait conféré Newton. Einstein nous dit qu'ils
ne peuvent se définir que relativement au mouvement de l'observateur
et à l'intensité du champ de gravité dans lequel
il se trouve. Aux abords d'un « trou noir », singularité
dans l'espace où la gravité est si intense que même
la lumière ne peut plus en sortir, une seconde peut prendre
des airs d'éternité. Comme le bouddhisme, la relativité
dit que le passage du temps, avec un passé déjà
révolu et un futur encore à venir, n'est qu'illusion,
car mon futur peut être le passé d'un autre et le présent
d'un troisième : tout dépend de nos mouvements relatifs.
Le temps ne passe pas, il est simplement là.
Découlant directement de la notion d'interdépendance
il y a celle de la vacuité qui ne signifie pas le néant,
mais l'absence d'existence propre. Puisque tout est interdépendant,
rien ne peut se définir et exister par soi-même, La
notion de propriétés intrinsèques existant
en elles-mêmes et par elles-mêmes n'est plus de mise.
De nouveau la physique quantique nous tient un langage étonnamment
similaire. D'après Bohr et Heisenberg, nous ne pouvons plus
parler d'atomes ou d'électrons en termes d'entités
réelles possédant des propriétés bien
définies, comme la vitesse ou la position. Nous devons les
considérer comme formant un monde non plus de choses et de
faits, mais de potentialités. La nature même de la
matière et de la lumière devient un jeu de relations
interdépendantes : elle n'est plus intrinsèque, mais
peut changer par l'interaction entre l'observateur et l'objet observé.
Cette nature n'est plus unique, mais duelle et complémentaire.
Le phénomène que nous appelons « particule »
prend la forme d'ondes quand on ne l'observe pas. Dès qu'il
y a mesure ou observation, il reprend son habit de particule. Parler
d'une réalité intrinsèque pour une particule,
d'une réalité existant sans qu'on l'observe, n'a pas
de sens car on ne peut jamais l'appréhender. Rejoignant le
concept bouddhique de samskara, qui veut dire « événement
», la mécanique quantique relativise radicalement la
notion d'objet en la subordonnant à celle de mesure, c'est-à-dire
à celle d'un événement. De plus, le flou quantique
impose une limite fondamentale à la précision de la
mesure de cette réalité. Il existera toujours une
certaine incertitude soit dans la position, soit dans la vitesse
d'une particule. La matière a perdu sa substance.
Table des Matières
Introduction 9
1 À LA CROISÉE DES CHEMINS 17
2 ÊTRE OU NE PAS ÉTRE 39
L'univers a-t-il un début ?
3 À LA RECHERCHE DU GRAND HORLOGER 57
Existe-t-il un principe organisateur ?
4 L'UNIVERS DANS UN GRAIN DE SABLE 85
Interdépendance et globalité des phénomènes
5 LES MIRAGES DU RÉEL 107
De l'existence des particules élémentaires
6 COMME UN ÉCLAIR DANS UN NUAGE D'ÉTÉ
135
L'impermanence au cur de la réalité
7 À CHACUN SA RÉALITÉ 151
Quand fond la neige du savoir
8 QUESTIONS DE TEMPS 169
9 LE CHAOS ET L'HARMONIE 185
De la cause à l'effet
10 LA FRONTIÈRE VIRTUELLE 213
Une dualité corps-esprit ?
Il DES ROBOTS QUI PENSENT QU'ILS PENSENT ? 241
12 LA GRAMMAIRE DE L'UNIVERS 269
Les lois physiques, les mathématiques et le monde des idées
13 LA RAISON ET LA CONTEMPLATION 299
Comment connaître le monde ?
14 LA BEAUTÉ EST DANS L'IL QUI LA CONTEMPLE
327
15 DE LA MÉDITATION À L'ACTION 333
Conclusions du scientifique 345
Conclusion du moine 355
Notes 365
Glossaire des mots scientifiques 385
Glossaire des termes bouddhistes 393
Remerciements 399
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